Les lignes qui suivent sont consacrées à Bob Dylan, et plus précisément à l’une de ses périodes les plus mésestimées. À tort, comme vient nous le rappeler opportunément la réédition des « Budokan Tapes »…
« Saved » est le nom d’un des moins bons (mais quand même bons) albums de Bob Dylan, et c’est assez logique. Le lascar a très tôt estimé qu’il devait se sauver pour se sauver, je veux dire se sauver (tailler la route) pour se sauver (trouver son salut). Comme artiste en tout cas, à chaque fois qu’il s’est senti emprisonné dans un rôle ou une forme musicale (grosse hantise de l’auteur de I Shall Be Released), il s’est évertué à prendre le large par le moyen le plus simple et efficace : la déception.
Voire l’auto-sabotage. Car il y a des épisodes glorieux dans cette histoire, comme le passage à l’électricité en plein Folk-Revival puis trois ans plus tard le retour à l’acoustique blues et country en pleine ère Hendrix, Airplane, Grateful Dead, garage-rock, pédale fuzz, wah-wah et autres vertiges électriques, mais les épisodes les moins glorieux font partie aussi de cette singulière odyssée : les adieux alcoolisés au monde des protest singers par exemple, ou le devenir-crooner de « Nashville Skyline », ou encore le naufrage critique de « Self Portrait », dont on a découvert quelques décennies plus tard, grâce aux « Bootleg Series », qu’il était quasi-programmé par le filou (ce qu’à demi-mots voire trois-quart-mots il reconnaissait déjà dans ses Chronicles), puisque les plus belles prises de ces fameuses sessions de 1970 furent quasi systématiquement écartées de l’album final, pour ne revenir que près de cinquante ans plus tard, sous un concert d’ovations tout à fait méritées.
Tout comme – c’est sans doute la folie la plus connue et emblématique du Zimmerman – le sublimissime Blind Willie McTell fut écarté de l’album Infidels en 83, pour ne…
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Auteur: Pierre Tevanian

