Thonnance-les-Joinville (Haute-Marne), reportage
Dans son hangar où clapote l’eau des bassins, Jérôme Moirot empaquette soigneusement ses protégées. Il les dispose une à une dans un matelas de coton, à l’intérieur d’une boîte isotherme. On les croirait mortes, mais elles sont juste sonnées par le froid. « Elles sont conservées à 5 °C, je fais un test sur plusieurs jours pour voir si elles s’en sortent. » Jérôme Moirot élève des écrevisses à pattes rouges (Astacus Astacus), une espèce européenne sentinelle de la qualité de nos cours d’eau à cause de son hypersensibilité à la pollution.
Il est aux petits soins car demain, aux aurores, ses crustacés entameront un périple inhabituel. Il entassera une quinzaine de boîtes dans sa voiture, direction l’aéroport de Roissy. De là, 500 spécimens s’envoleront pour Djeddah, en Arabie Saoudite. « Ça fait bizarre de savoir qu’elles vont prendre l’avion tout de même. » Peu commun en effet pour une écrevisse d’enquiller six heures de vol.
Jérôme Moirot est un ancien ferronnier reconverti dans l’astaciculture — l’élevage des écrevisses. Pour ses clients saoudiens, il a vendu des spécimens de repeuplement pour un total de 4 500 euros. « Ils veulent démarrer un élevage pour les vendre dans les restaurants de luxe, très certainement », explique le propriétaire du Moulin aux écrevisses, en Haute-Marne.
Restaurateurs et rivières françaises
En bordure de route mais dans un petit écrin de verdure, il inspecte ses treize étangs à l’arrière de la maison où coule l’eau cristalline du petit ruisseau « du Mont », soit 5 000 m² d’eau douce bourrés d’algues et de micro-organismes, de mollusques et d’amphibiens.
Jérôme Moirot vend ses spécimens 4 euros pièce quand ils sont destinés à la casserole et 8 à 9 euros ceux qui doivent servir au repeuplement d’étangs ou de rivières. Si la femelle est grainée de centaines…
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Auteur: Laure Noualhat

