L'Horizon du langage

Je ne saurai dire aujourd’hui pour qui ni pourquoi j’écris. D’ailleurs, je n’écris pas. Je ne fais pas ce que l’on appelait écrire il y a encore une génération : je me parle à moi-même. Écrire était autre chose, un mode de conscience, une façon de se concentrer par, et à travers le langage. Une façon de s’éclairer et de penser que l’on éclaire le monde. Oui, j’ai fréquenté ce lieu, réduit par la culture et le commerce au style, à l’érudition, à la forme, au sujet, au genre, tous ces repères qui éludent, précisément, ce qu’est écrire pour celui qui écrit.

Comme André Breton, un homme qui reste l’un de ceux auxquels je pense avec le plus de complicité, le plus de désir partagé, j’ai écrit pour rencontrer des hommes. J’ai écrit pour m’extraire du sommeil collectif, pour distinguer le monde, et pour rencontrer mes semblables. Avais-je quelque chose à dire ? Sans doute que non, mais comment aurai-je pu réduire l’écriture à cette unique nécessité ? Comment aurai-je pu réduire l’écriture à ce qui la légitime aux yeux du plus grand nombre dont je voulais m’extraire, comme on extrait une dent ? Il n’y a pas de bons sentiments dans l’écriture, il n’y a que la violence du retrait. Est-ce à dire qu’il n’y a qu’un rapport existentiel à l’écriture qui vaille ? Non plus, mais nul ne peut impunément nier ce qu’il lui en coûte d’écrire, sur quelle dépense s’élèvent ses phrases, les plus froides comme les plus légères, les plus désinvoltes comme les plus acérées.

J’ai fort souvent raté ma cible. J’ai fort souvent été désespéré par moi-même. Sans doute n’ai-je pas été un homme de goût, ni capable d’envoyer les bons signaux. Trop faibles, mes signaux. Trop ésotériques, ou trop agressifs. On n’agresse pas le lecteur, cela ne se fait pas. On ne lui dit pas qu’il est complice d’un saccage : au nom de quoi ? Mais…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com