L'humanité a favorisé la biodiversité pendant des millénaires

La nature sauvage, intouchée par l’humain, n’existe pas. Enfin, si, mais seulement sur une petite partie des surfaces terrestres, et pas forcément les plus riches en biodiversité. C’est ce qu’indique une étude scientifique parue dans la revue Pnas (revue de l’académie des sciences étasunienne) fin avril. « L’homme a façonné la majeure partie de la nature terrestre depuis au moins 12 000 ans », est-il titré. Déjà à cette époque, « près des trois quarts des terres de la planète étaient habitées et donc façonnées par les sociétés humaines, dont plus de 95 % des forêts tempérées et 90 % des forêts tropicales », explique-t-il. « Les terres aujourd’hui qualifiées de « naturelles », « intactes » et « sauvages » présentent généralement de longs antécédents d’utilisation. »

Dès les premières lignes, ses auteurs annoncent que leurs résultats vont à l’encontre du « paradigme persistant parmi les spécialistes des sciences naturelles, les défenseurs de l’environnement et les décideurs politiques [qui] veut que la transformation humaine de la nature terrestre soit essentiellement récente et intrinsèquement destructrice ».

De la fin de la dernière ère glaciaire à aujourd’hui

Les scientifiques ont d’abord mené un travail d’archéologie, afin de définir quel était l’état de l’occupation humaine, en termes de densité de population et d’usages des terres, des surfaces émergées du globe ces 12 000 dernières années. Cette date a été choisie car elle marque la fin de la dernière période glaciaire. « Donc, en gros, le début de la « nature telle que nous la connaissons aujourd’hui » », explique Erle Ellis, auteur principal de l’article et chercheur au département de géographie et systèmes environnementaux de l’université de Baltimore. Il est notamment à l’origine du concept « d’anthrome », qui désigne des types d’habitats anthropisés. Chaque anthrome est défini en fonction des caractéristiques de la biodiversité, mais aussi des activités humaines (cela va de la zone urbaine dense à la zone désertique inhabitée, en passant par les forêts habitées, les plaines cultivées, les prairies de pâturage extensif, etc).

Trois catégories permettent ainsi de décrire l’état de chaque territoire à travers le temps :

  • les habitats sauvages, caractérisées par l’absence complète de population humaine ;
  • les habitats « cultivés » par l’homme (ou « anthromes cultivés »), où moins de 20 % des surfaces sont occupées par des…

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Auteur: Marie Astier (Reporterre) Reporterre

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