Le marxisme a connu son « tournant » écologique : depuis quelques dizaines d’années, il a dû intégrer à son analyse diverses problématiques écologiques, notamment mises en avant à travers les luttes pour la justice environnementale ou la protection de la biodiversité. Toutes ces questions ont amené la théorie marxiste à refonder son analyse du capitalisme à partir de la relation que ce mode de production entretient avec son environnement naturel[1]. Parmi ces questions, celle du climat a donné lieu à la théorisation du capital fossile ; celle de l’épuisement des sols a, quant à elle, fait naître le courant critique fertile dit de la « rupture métabolique[2]». Ces différents virages qu’a pris le marxisme ont donc été amorcés par l’attention portée par les chercheurs aux nouvelles problématiques émergentes dans la critique.
Dans le contexte français, la critique environnementale a été fortement hégémonisée par ce que l’on nomme désormais « les penseurs du vivant[3]». Ce faisant, le marxisme écologique hexagonal a intensément dialogué ces dernières années avec un courant théorique qui met au centre de son analyse le « vivant ». De ce dialogue a émergé une multiplicité de concepts hybrides qui attestent d’un enrichissement de la critique marxiste par cette pensée du vivant. On parle alors de « communisme du vivant[4]», de biocapitalisme, de « biotariat[5] » et bien sûr on reparle de « travail vivant[6] » depuis un point de vue élargi. Cette évolution sémantique peut donc nous interroger sur les liens qui existent ou pourraient exister entre la théorie marxiste, relativement réinvestie récemment, et la tradition vitaliste, quant à elle rarement mobilisée et dont la mention même est toujours suspecte dans le camp de l’émancipation, qui a largement choisi de laisser cet héritage au camp de la réaction. Ainsi, le vitalisme comme…
Auteur: romain romain

