Entre mythe et science, entre craintes ancestrales et promesses technologiques, la question de l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur fait écho à des débats millénaires sur notre rapport aux outils cognitifs. Les dernières recherches empiriques viennent aujourd’hui éclairer d’un jour nouveau ces questionnements anthropologiques et philosophiques.
Dans le Phèdre de Platon, le roi Thamous mettait en garde Theuth, le dieu égyptien de la science, contre les dangers de l’écriture, craignant qu’elle ne conduise à une atrophie de la mémoire et à une illusion du savoir.
Deux millénaires et demi plus tard, alors que l’intelligence artificielle générative bouleverse nos pratiques éducatives, cette mise en garde résonne avec une actualité saisissante.
Pourtant, les données empiriques récentes suggèrent une voie médiane entre technophilie béate et technophobie systématique : celle de l’intelligence artificielle (IA) comme orthèse cognitive et non comme prothèse de substitution. Celle-ci aurait-elle alors des propriétés magiques ?
De la mythologie à l’empirisme : une continuité inattendue
Dans le domaine de l’éducation, ChatGPT et ses pairs promettent d’être des assistants infatigables, capables de répondre à toutes les questions, d’expliquer tous les concepts, de corriger tous les travaux. La tentation est donc grande de voir en eux la solution à de nombreux défis éducatifs. D’autant que les digital natives l’utilisent aisément comme ils s’abreuvaient naguère aux sources (détectables) des encyclopédies en ligne…
Pour autant, malgré le risque d’une exploitation paresseuse des outils, nombre d’enseignants admettent que l’IA permet de faciliter l’élaboration de synthèses afin de mieux circonscrire les enjeux d’un sujet. Pour être efficace, il reste toutefois nécessaire que les étudiants s’approprient les contenus associés, c’est-à-dire les lisent,…
Auteur: Pascal Lardellier, Professeur, chercheur au laboratoire CIMEOS et à IGENSIA-Education, Université de Bourgogne

