Mathilde Saliou est journaliste indépendante, spécialisée dans les questions numériques. Elle est autrice de Technoféminisme : comment le numérique aggrave les inégalités (ed. Grasset). Elle travaille principalement pour le média Next, spécialisé sur le numérique. Elle collabore aussi avec La Déferlante, 20 Minutes et Alternatives économiques.
Reporterre — Quand on voit les gens qui représentent le monde de l’Intelligence artificielle (IA) aujourd’hui, on pense à Elon Musk, Yann Le Cun, Marc Zuckerberg… Mais aucun nom de femme ne vient à l’esprit. Cela reflète-il la réalité ?
Mathilde Saliou — C’est la réalité, bien qu’un peu déformée. L’IA étant un sous-domaine des nouvelles technologies, elle est soumise aux mêmes biais que l’industrie de la tech qui emploie très peu de femmes. C’est problématique, car c’est désormais l’un des secteurs dans lesquels on fait les plus belles carrières, au sens financier. Le fait que les femmes soient si peu nombreuses à y accéder participe au renforcement des inégalités salariales.
Dans les nouvelles technologies, environ un quart seulement des employés sont des femmes, et elles sont généralement confinées à des postes subalternes : des fonctions support dans le juridique, dans les ressources humaines, dans la comptabilité… Elles sont peu nombreuses à avoir les mains dans le code et à construire les outils numériques que nous utilisons au quotidien.
Cela dit, des femmes comme Timnit Gebru — chercheuse en éthique de l’intelligence artificielle —, Margaret Mitchell — spécialiste des biais algorithmiques — et Joëlle Barral —directrice de la recherche fondamentale en IA chez Google DeepMind — sont des figures actuelles de l’intelligence artificielle.
Comment se fait-il qu’il y ait si peu de femmes dans les nouvelles technologies ?
Dans les années 1960-1970, les entreprises se sont mises à acheter de plus en…
Auteur: Scandola Graziani

