Liaisons dangereuses

Depuis mars, un nouveau dispositif policier est apparu en manif baptisé ELI pour « Équipes de Liaison et d’Information ». Sans bouclier ni LBD, des équipes de deux-trois fonctionnaires de police vont au contact des manifestants et des organisateurs pour « apaiser les tensions par un dialogue permanent ».

Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse !
Lettre de Madame de Volanges à madame de Rosemonde

Ce sont des équipes habillées en civil qui viennent s’insérer aux cotés des policiers du renseignement (ceux qui n’interviennent pas mais surveillent, identifient et collectent les informations sur qui fait quoi) et des équipages de la BAC (ceux qui fracassent les crânes).

À l’origine de ces nouvelles équipes, les mesures annoncées dans le nouveau schéma national du maintien de l’ordre (SNMO). Lequel SNMO est une réponse au mouvement des gilets jaunes et aux nombreux affrontements qui s’en étaient suivis avec les forces de l’ordre. Plus globalement, ces ELI s’inscrivent dans un durcissement de la doctrine du maintien de l’ordre engagé depuis au moins cinq ans : des policiers qui n’hésitent plus à venir au contact, encadrent les cortèges, nassent les manifestants, utilisent les LBD et les grenades plus fréquemment… La création des ELI s’est aussi largement inspirée des équipes de policiers allemands spécialement formées à la « désescalade ».

À Lyon ces dernières semaines, on a commencé à voir ces ELI en « action » : aussi bien dans une manif contre la réforme de l’assurance chômage que dans un rassemblement contre la privatisation d’EDF. Dès le début, ils prennent contact avec les organisateurs déclarés. Facilement identifiables avec leur brassard bleu-ciel-sympa et leur allure un peu balourde. Pour l’instant, ils sont en train de se constituer leur réseau (se faire connaître, trouver des contacts). Par exemple, à la fin de la manif au départ du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, ils sont allés à la rencontre d’un chef de la CGT locale et l’ont emmené sur le coté à l’écart. Leur discours est bien rôdé : eux sont les good cops. Ils sont là pour que les manifs « se passent bien » et qu’elles puissent aller à leur terme. Ils sont contre les « violences » (« Moi j’ai fait 15 ans de maintien de l’ordre à Paris et j’ai quitté un emploi que j’aimais parce que je crois qu’il est possible d’améliorer les relations entre les manifestants et les policiers »)…

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Auteur: lundimatin