Liban : Nos forces

Depuis Beyrouth, au coeur de la rage qui refuse de s’abandonner au désespoir, notre ami Ghassan Salhab continue de raconter l’effondrement. « Que les commencements sont beaux », c’est ce que vient nous rappeler le graffiti ci-dessus.

L’humanité est une déception physique qui arrive par nécessité naturelle. Car le libéralisme met toujours sa lumière sous une cloche de verre, croyant qu’elle va brûler là où il n’y a pas d’air. Elle brûle bien mieux dans la tempête de la vie. Quand il n’y a plus d’oxygène, la lumière s’éteint. Mais heureusement la cloche se trouve dans l’eau des phrases creuses, et le niveau monte au moment où la bougie s’éteint. Quand on soulève la cloche, on sent alors les vraies propriétés du libéralisme. Il pue l’oxyde de carbone.

Karl Kraus

Il semble que nul coup de grâce ne soit définitif, cela ne fait que s’ajouter au précédent, en attendant le prochain. Un coup qui en chasse un autre. L’effondrement total, définitif, est sans cesse ajourné sine die. Je suppose qu’il nous surprendra franchement, et il sera alors trop tard. Il faut se faire à l’idée qu’il n’est jamais trop tôt. Les signes de l’effondrement sont trop nombreux, de toutes sortes et de toutes parts, pour encore interpréter la « situation » sans inlassablement se redire et tout aussi inlassablement se berner.

 

Nous (en) sommes donc là, plus ou moins debout, désormais embourbés dans nos tâches quotidiennes, à colmater plus d’une brèche, à racler on ne sait plus trop quel fond, à implorer l’aube, les courants marins, les oiseaux migrateurs, le taux de change et les spectres. Douleur, rage, colère, ravalées, nous n’osons plus rêver de quoi que ce soit, encore moins de leurs têtes plantées sur ces poteaux électriques inutilement dressés un peu partout en ce pays, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, ou, tout au contraire, de jeter leurs tronches dans des fosses septiques et de les laisser pourrir sans plus que nous n’ayons à les voir. Et à tout prendre, la deuxième option serait parfaite.

Nous leur en voulons toujours autant à mort, mais nous nous en voulons tout autant, si ce n’est infiniment plus. Nous savions, nous avons toujours su, nous ne pouvions ne pas savoir. Nous n’avons pas pu, su, dans l’incapacité soit de nous défaire de nos bons vieux slogans et réflexes surannés, figés dans le temps et l’Histoire, soit de ne pas céder au piètre mirage d’une nation enfin émergeante. De nous remettre fondamentalement en question, pour tout dire….

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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