Le 13 octobre, conformément à l’une des premières étapes du dit « plan Trump », des libérations d’Israéliens et de Palestiniens ont eu lieu. Mais comme en janvier 2025, dans les grands médias, un seul de ces deux événements a réellement existé.
Une allégorie. C’est ainsi que peut se lire la double page « Événement » de Libération le 13 octobre. Une allégorie du traitement médiatique dominant, marqué par un double standard structurel, constant, n’ayant de cesse de signifier sur tous les tons possibles et toutes les formes imaginables qu’une vie israélienne est supérieure à une vie palestinienne.
Sur la forme, d’abord : relégués en queue de peloton, les prisonniers palestiniens tiennent dans deux colonnes, presque à la marge. Le titre les dit « bientôt libres », mais la mise en scène les enferme sur un sixième de double page. Et cette cruelle disproportion parle d’elle-même, où, par contraste, les visages des uns disent la non-humanité des autres, les noms et les âges lisibles des uns disent l’inexistence des autres, les biographies des uns disent que les autres ne sont rien. Le journal donne aussi la mesure d’une architecture inversement proportionnelle : « 20 otages » d’un côté, « 2 000 prisonniers » de l’autre ; un rapport de 1 à 100 dans le réel et un rapport inverse de 1 à 6… dans la couverture journalistique.
Sur le fond, nulle surprise non plus : Libération dit des prisonniers ce qu’Israël veut bien en dire et reprend par conséquent ses catégories, tout en recopiant quelques éléments présents dans « la liste publiée par le ministère israélien de la Justice », la seule et unique source. Ceci expliquant cela, les Palestiniens ne sont que des chiffres : ici « 250 condamnés à perpétuité », là « 1 700 gazaouis emprisonnés depuis le 7 octobre mais considérés comme « non terroristes » », « 22 mineurs », « 221 originaires de…
Auteur: Pauline Perrenot

