Que reprochait-on à Maxime Sirvins, journaliste à Politis reconnu de longue date pour suivre les sujets de défense et d’armement, pour lui interdire l’accès au salon Eurosatory ? Ni des violences. Ni des dégradations. Ni la préparation d’une quelconque action illégale. On lui reprochait d’avoir couvert des manifestations. D’avoir assisté à un procès. D’avoir enquêté sur des entreprises d’armement. D’avoir couvert les questions relatives au maintien de l’ordre. D’avoir exercé son métier de journaliste.
Dans cette affaire, l’administration ne s’est pas embarrassée de pincettes, n’hésitant pas à soutenir que son comportement était « de nature à porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État ». « Sûreté de l’État ». Une formule singulièrement chargée : il s’agit en effet d’une des catégories les plus lourdes en matière droit public, celle que l’on invoque lorsqu’il est question de menaces majeures contre les institutions ou la sécurité nationale. Et la voici mobilisée contre un journaliste n’ayant jamais été condamné – ni même poursuivi – pour les faits invoqués à son encontre.
Dans une démocratie saine, aucun journaliste ne doit avoir à prouver sa neutralité politique pour bénéficier des libertés intrinsèquement attachées à la profession.
Le raisonnement est vertigineux. Parce qu’un journaliste enquête sur l’industrie de l’armement, parce qu’il documente les pratiques du maintien de l’ordre, parce qu’il fréquente les terrains sociaux qu’il couvre, le ministère de l’Intérieur transforme son travail journalistique, amplement reconnu, en indice, possibilité ou hypothèse de dangerosité.
Plus inquiétant encore, les articles de Politis consacrés à certaines entreprises du secteur de la défense ont été présentés à l’audience comme une « campagne de dénigrement »….
Auteur: Rokhaya Diallo

