Lichita – disparition forcée d'une adolescente dont la famille est membre de la guérilla, au Paraguay. — Loïc RAMIREZ

Ni caméra, ni appareil photo. Pas même un téléphone portable. Juste du papier et un stylo. « Comme à la vieille école », me dit le contact. L’objectif est d’entrer dans le centre pénitentiaire pour femmes du Buen Pastor, à Asunción. Je dois m’y présenter en tant que visiteur afin de réaliser un entretien avec l’une des détenues. Le faire en tant que journaliste, officiellement, serait bien plus compliqué. « Quel est votre lien avec la prisonnière ? », demande la gardienne. « C’est une connaissance ». Fouille au corps, les poches vidées, chaussures retirées. « C’est bon, vous pouvez y aller ». Arrivé dans une grande cour dans laquelle se regroupe plus d’une centaine de femmes, une personne s’approche rapidement et demande :« Vous cherchez qui ? » ; « Carmen Villalba ».

La détenue est connue. En réalité, c’est presque une célébrité. Ici, et au delà des murs. Carmen Villalba est une révolutionnaire paraguayenne, militante communiste, considérée comme l’une des fondatrice du groupe armé Ejército del Pueblo Paraguayo (Armée du peuple paraguayen, EPP). Son nom est régulièrement prononcé sur les plateaux de télévision et sa personne souvent diabolisée. La prisonnière venue m’accueillir me conduit avec empressement jusqu’à elle, au fond de la cour sous un portique. Carmen me salue et m’invite à s’asseoir à une table sur laquelle est posée sa tasse (guampa) de tereré, boisson nationale à base de maté, extrêmement populaire dans le pays. Sur le récipient, la figure du révolutionnaire argentin Che Guevara est affichée. Et comme toute paraguayenne qu’elle est, elle me propose de partager le breuvage rafraîchissant avant de commencer notre discussion.

Originaire de Concepción, dans le nord du Paraguay, Carmen Villalba est une jeune femme d’à peine 18 ans quand elle intègre le parti politique marxiste Patria Libre, au début des années 1990. A l’époque, deux positions se dessinent au sein de la formation politique :« l’une légale et l’autre illégale ». Avec son compagnon de l’époque, Alcides Oviedo, lui-même membre du parti, elle embrasse la seconde. L’objectif est alors de créer une organisation politico-militaire. Avec un groupe de camarades, ils mettent en place une série d’opérations visant à financer celle-ci, comme le vol d’une banque ou l’enlèvement d’une personnalité issue d’une famille aisée. En 2004, avant même que puisse se concrétiser une quelconque structure, le couple est arrêté et mis derrière les…

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Auteur: Loïc RAMIREZ Le grand soir

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