Le tissage est l’une des plus anciennes technologies artisanales développées par les humains, il a joué un rôle important dans le développement des sociétés passées et de leurs économies. Les textiles archéologiques, même fragmentaires et de petite taille, sont l’une des seules sources d’information sur les pratiques de civilisations de la protohistoire et de la préhistoire, celles pour lesquelles l’usage de l’écriture n’est pas attesté. C’est notamment vrai pour les sociétés celtes de l’âge du fer, qui ont fait preuve d’une multitude d’utilisations textiles, notamment dans le cadre de pratiques funéraires où les textiles étaient abondants et recouvraient parfois en de multiples couches les objets déposés avec les restes des défunts. De nouvelles technologies d’imagerie nous permettent aujourd’hui de mieux interpréter ces « fossiles » de tissu, et ainsi de mieux comprendre les pratiques des sociétés passées autour du textile.
De tels restes sont rares en raison du caractère périssable des matières naturelles dans la plupart des environnements. Les textiles enfouis ne survivent en effet que quelques semaines avant d’être complètement dégradés. Dans les zones au climat tempéré, telle que la France, l’un des seuls processus conduisant à la préservation de restes textiles est connu sous le nom de « minéralisation » : le matériau est préservé lorsqu’il est en contact étroit avec des objets qui se corrodent, par diffusion d’éléments métalliques de ces artefacts. Ce mécanisme est une sorte de fossilisation, où le métal agit comme un agent antimicrobien et participe à la croissance de minéraux qui préservent la forme des fibres. En général, ces « fossiles » sont fortement altérés et les informations qu’ils renferment ne sont que partiellement lisibles.
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Auteur: Loïc Bertrand, Chimiste, Directeur de recherche, École Normale Supérieure Paris-Saclay – Université Paris-Saclay

