I. Le propriétaire est rentré
Pendant un demi-siècle, l’impérialisme a eu plus de noms d’emprunt qu’un escroc de palace. Il s’est appelé « communauté internationale », « droits de l’homme », « ajustement structurel », « bonne gouvernance », « transition démocratique », « société civile ». Il ne pillait pas, il réformait. Il ne bombardait pas, il protégeait les populations. Il ne renversait pas, il accompagnait.
C’est fini. Washington a rebaptisé son ministère de la Défense en ministère de la Guerre. Il faudrait presque dire merci : depuis l’après-guerre, c’est la première fois que l’enseigne correspond à la marchandise.
Le reste suit. Le Groenland se marchande comme un terrain vague. Le canal de Panama se réclame comme un héritage de famille. Les droits de douane tombent comme des amendes sur les mauvais élèves. La mer des Caraïbes redevient un stand de tir. L’empire ne parle plus de valeurs, il parle d’intérêts. Pour une fois, il ne ment pas. C’est peut-être la chose la plus brutale qu’il ait faite depuis longtemps : il a cessé de faire semblant.
L’impérialisme n’a pas changé de nature. Il a changé de pudeur. Il n’en a plus.
II. La concierge européenne
Le premier locataire à tomber de haut, c’est l’Europe. Pendant des décennies, elle s’est crue copropriétaire. Elle siégeait au conseil syndical, rédigeait le règlement intérieur, distribuait au reste du monde des leçons de droit international et des certificats de démocratie.
Le propriétaire est rentré, et il lui a montré sa vraie place : la loge. Elle a accepté ses droits de douane sans broncher. Elle a promis de consacrer une part inédite de sa richesse à l’armement que lui fixait l’OTAN. Elle a été remerciée comme on remercie une concierge qui a bien balayé l’escalier.
Et elle continue, serpillière à la main, d’expliquer au Sud ce qu’est la souveraineté. Elle trouve des sanctions pour…
Auteur: Ilyes BELLAGHA
