Alors qu’une guerre génocidaire à Gaza fait rage, et qu’en France un mouvement populaire renoue avec des aspirations révolutionnaires, certaines histoires trouvent un écho particulier. C’est le cas de la révolution haïtienne (1791-1804), la première révolution d’esclaves à avoir abouti, et qui, pour se faire, a tenu en respect, pendant plus de dix ans, des ennemis bien supérieurs en nombre et en armements, à savoir les plus puissantes armées du monde occidental : les colons français, les soldats de la monarchie, les Espagnols, les Britanniques puis les terribles troupes de Napoléon Bonaparte. Cette histoire passionnante, mais assez méconnue et oubliée en France, a été narrée dans un livre célèbre, qui se lit comme un roman, de Cyril Lionel Robert James, intitulé Les Jacobins Noirs, Toussaint Louverture et la Révolution de Saint-Domingue, initialement publié en 1938 et réédité en France, il y a un an, aux Éditions Amsterdam. Cet historien marxiste, noir et originaire de Trinité-et-Tobago dans les Antilles (à l’époque une colonie britannique), fut aussi un célèbre penseur et militant anticolonial et internationaliste. Son livre n’est pas seulement passionnant du point de vue d’une révolution singulière mais aussi du point de vue des révolutions et des résistances anti-impérialistes en général. Publié dans la première moitié du XXe siècle, Les Jacobins Noirs est ouvrage assez précurseur dans sa volonté d’articuler la lutte des classes et la question du racisme d’un point de vue anticolonialiste : “en politique, la question des races est subordonnée à celle de classes, et il est désastreux de concevoir l’impérialisme en termes de races. Cependant, c’est une erreur de négliger le facteur racial, de le traiter comme une question purement accessoire – une erreur seulement moins grave que d’en faire le facteur fondamental” écrit-il pour résumer sa position dialectique.
Haïti et…
Auteur: Rob Grams

