Désormais le pays le plus peuplé de la planète avec 1 milliard 428 millions d’habitants, l’Inde abrite de multiples cultures sur son territoire. Aujourd’hui, le premier ministre Narendra Modi cherche à forger l’image d’un peuple indien uni, voire uniforme, tourné vers l’ambition de faire de « la plus grande démocratie du monde » une superpuissance. Dans son ouvrage Brève histoire de l’Inde. De pays des mille dieux à la puissance mondiale, paru le 5 avril aux éditions Flammarion et dont nous vous présentons ici quelques extraits, Anne Viguier, spécialiste de l’histoire de l’Inde et de l’Asie du Sud, montre toute la complexité d’une société hétérogène qui s’interroge autant sur elle-même que sur son rapport au monde extérieur.
Un mille-feuille de langues et de cultures
Un conservatoire de la diversité humaine
[…] La singularité de l’Inde ne vient pas d’une histoire du peuplement par vagues successives. Après tout, l’ensemble de la planète fut peu à peu colonisé par Sapiens de cette manière. L’Europe sans la Russie, aussi vaste que l’Asie du Sud, est également habitée par des populations diverses, et on sait bien que les peuples germaniques s’y sont mêlés aux Celtes qui les avaient précédés à l’ouest. Mais ce qui surprend, en Inde, c’est que les traces linguistiques de ce passé ancien sont accompagnées de particularismes culturels qui semblent résister au temps, sans que des frontières politiques ne séparent les groupes sur la longue durée : ce n’est pas le politique qui, comme en Europe, a construit cette diversité résistante.
Pourtant, l’Inde fut la matrice de royaumes et d’empires parfois immenses. Par quel mystère l’unification politique échoua-t-elle à s’imposer de manière durable, même sur une partie du territoire, avant que la conquête coloniale britannique ne vienne, au XIXe siècle, tenter de soumettre chaque…
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Auteur: Anne Viguier, Directrice du département Asie du Sud et Himalaya, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)

