Des fromages présentés comme fermiers… alors qu’ils ont maturé sur les étagères en inox de gros affineurs industriels ? C’est ce que craint la Confédération paysanne. Dans une lettre adressée au ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, vendredi 1ᵉʳ avril, le syndicat agricole dénonce un projet de décret qui vise à préciser l’usage du terme fermier lorsque le processus d’affinage des fromages est effectué en dehors de la ferme. « Ce projet de décret affaiblit le terme fermier car son imprécision conduira à des dérives graves mettant en péril la plus-value des producteurs fermiers », alerte-t-il.
« Jusqu’à récemment, les producteurs fermiers collectaient le lait de leurs animaux et transformaient leurs produits à la ferme jusqu’à la fin du processus — c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’affinage pour les fromages », explique à Reporterre Yolande Moulem, animatrice à l’Association nationale des producteurs laitiers fermiers (ANPLF). Un décret de 1988 définit un fromage fermier comme étant « fabriqué, selon les techniques traditionnelles, par un producteur agricole ne traitant que les laits de sa propre exploitation sur le lieu même de celle-ci ».
Or le projet de décret, que Reporterre a pu consulter, prévoit qu’un fromage bénéficie de l’appellation « fermier » même s’il a été affiné en dehors de la ferme où il a été produit. Ceci, à trois conditions : que cette opération soit réalisée « en conformité avec les usages traditionnels », que le producteur du fromage ait délivré un accord écrit à l’affineur et que l’étiquette précise « affiné en dehors de la ferme » ainsi que le nom ou la raison sociale de l’affineur. Ce décret est censé entrer en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2022.
Une meule de salers, fromage fermier du Cantal. CC BY-SA 4.0 / Robert Martin Wiki / Wikimedia Commons
Le projet de texte a été présenté par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) aux associations de producteurs lors d’une réunion en visioconférence, le 9 mars. D’après les participants interrogés par Reporterre, la consternation a été générale. « Il y avait unanimité pour dire que leur projet de décret était merdique », relate Alexandre Vialettes, éleveur de brebis à la ferme d’Alcas à Saint-Jean-et-Saint-Paul (Aveyron) et membre de la Confédération paysanne.
Premier grief, qu’il ne soit pas obligatoire de mentionner le nom du producteur sur l’étiquette…
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Auteur: Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre

