L’ESSENTIEL
-
Le succès ou le rejet d’une technologie ne dépend pas que de ses qualités intrinsèques. La qualité du récit qui l’accompagne importe.
-
Après l’engouement pour ChatGPT, les récits autour de l’IA commencent à créer des peurs, de l’angoisse, de la défiance.
-
Ces discours, performatifs et quasi exclusivement états-uniens, masquent certaines questions essentielles.
Depuis les travaux fondateurs de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, la recherche en management de l’innovation souligne que ce qui distingue une invention d’une innovation, c’est sa diffusion. Or, cette diffusion dépend notamment de l’acceptabilité sociale de l’invention et de la manière dont ses usages sont perçus. Sans cette acceptabilité, l’invention risque d’être cantonnée aux expérimentations des scientifiques et aux spéculations des investisseurs. Cependant, pour obtenir l’adhésion, une innovation doit être portée par un récit capable de susciter l’intérêt, si ce n’est l’enthousiasme. L’intelligence artificielle illustre tout à fait ce phénomène : alors que son récit se cherche, son acceptabilité semble de plus en plus contestée.
En juillet 2026, le Monde diplomatique a consacré sa une à un titre volontairement provocateur : « Tout le monde déteste l’IA ». À l’émerveillement initial suscité par ChatGPT succède en effet une contestation portant sur les emplois, la consommation d’électricité et d’eau des centres de données, la vie privée et le pouvoir des entreprises technologiques. L’IA apparaît comme un « Moloch numérique » dont les coûts seraient supportés par la collectivité, tandis que ses bénéfices ne profiteraient qu’à une poignée d’oligarques.
En mai 2026, lorsqu’Eric Schmidt, l’ancien directeur général de Google, a expliqué à près de 10 000 diplômés de l’Université de l’Arizona que l’intelligence artificielle toucherait toutes les…
Auteur: Frédéric Fréry, Professeur de stratégie, CentraleSupélec, ESCP Business School
