Les évolutions de l’IA donnent raison au philosophe du convivialisme et critique de la société industrielle Ivan Illich, qui observait qu’à partir d’un certain seuil, un dispositif devient contre-productif au point de menacer la cohésion sociale. À l’heure d’une solitude grandissante dont l’addiction aux écrans est en partie responsable, les nouvelles IA portant la promesse d’amitié ou d’amour font peser un risque d’implosion du corps social et de mal-être à grande échelle. Ces nouveaux êtres artificiels sont-ils une nouvelle source d’enfermement ?
Le danger est particulièrement préoccupant pour notre jeunesse hyperconnectée mais paradoxalement plus touchée par la solitude que jamais. Selon la Fondation Jean-Jaurès, 71 % des 18-24 ans se disent touchés par la solitude, soit bien plus que la population générale (46 %). Il faut dire que, en vingt ans, le temps journalier passé avec des amis pour les adolescents est passé de deux heures et demie à quarante minutes.
Machines conscientes
Créé en 1966 par un chercheur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), le chatbot Eliza a donné son nom à un phénomène très connu : l’effet Eliza. Pourtant très rudimentaire par rapport aux grands modèles de langage actuels (par exemple ChatGPT), le chatbot reformule les phrases dans une forme interrogative. Il n’en fallait pas plus pour que les utilisateurs attribuent une conscience à la machine.
De nos jours, les IA ont acquis une connaissance très approfondie du comportement humain, au point de nous faire oublier leur nature machinique. L’attribution de degrés d’humanité à ces dispositifs algorithmiques est inévitable, ce que le psychiatre Serge Tisseron appelle des degrés de « personnéité ». À ce propos, la croyance couramment admise selon laquelle l’intégration des robots et autres IA au sein des communautés humaines serait plus complexe en Occident qu’en Asie, en raison de nos…
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Auteur: Marius Bertolucci et Baptiste Ménard

