À l’heure actuelle, toute personne attentive aura déjà flairé, ne serait-ce qu’une fois, le ton d’un phrasé robot dans un travail scolaire, un message sur LinkedIn, un courriel, ou même une communication gouvernementale.
Depuis le lancement de ChatGPT par OpenAI en novembre 2022, l’intelligence artificielle générative (IAG) a pénétré toutes les sphères de la société – l’éducation, la culture, les affaires, la recherche.
Aux dernières annonces d’OpenAI, ChatGPT est utilisé, à lui seul, par plus de 200 millions de personnes chaque semaine.
Fait intéressant, cet enthousiasme se fait sa propre morale. Aussi entend-on souvent dire : « Moi, je l’utilise parce que je sais comment bien l’utiliser ». Plus qu’une croyance auto-flatteuse, n’est-ce pas là l’illusion centrale de notre révolution IA ?
Depuis quelques années, je consacre une part importante de ma recherche à cette question. Ma thèse de doctorat à l’Université Laval s’intéresse justement aux manières inattendues dont les discours autour de la technologie fondent une culture numérique saine (ou malsaine) au sein des organisations et de la société.
Bien utiliser l’IAG: un discours presque rassurant
On sait, de sources scientifiques, que notre perception et notre utilisation d’une technologie peuvent fortement dépendre des discours qui la promeuvent. Les chercheurs Kamal Munir et Nelson Phillips l’ont bien montré avec l’exemple de l’appareil photo à pellicule, qui s’est intégré dans nos habitudes entre le 19e et le 20e siècle, grâce aux discours mobilisés par la multinationale américaine Kodak.
Dans le cas de l’IAG, les discours sont particulièrement complexes, car ils ne font pas que promouvoir la technologie, ils la « moralisent ». Cela veut dire qu’ils recommandent des recettes de tous genres pour limiter les nombreux risques d’aberration et de biais éthiques associés à l’IA. Par exemple, ces dernières années, nous avons vu émerger des…
Auteur: Gildas Agbon, PhD scholar, Université Laval

