Symbole mythique de la Chine, le Yangtsé s’étire sur près de 6 300 kilomètres. Premier fleuve d’Asie, il constitue la véritable colonne vertébrale économique du pays. Son bassin fait vivre près d’un tiers de la population et produit à lui seul presque la moitié du PIB national.
Mais cette artère vitale s’est progressivement asphyxiée. Depuis les années 1950, industrialisation effrénée, barrages titanesques, pollution chronique et surpêche ont ravagé les écosystèmes.
Les captures, autrefois proches de 400 000 tonnes par an, ont chuté sous les 60 000 tonnes vers 2015, tandis que plus d’une centaine d’espèces aquatiques disparaissaient. Face à cette hémorragie écologique, Pékin choisit l’électrochoc. En 2021, un moratoire de dix ans a interdit toute pêche commerciale dans l’ensemble du bassin.
La biomasse a triplé en trois ans
Les premiers résultats sont spectaculaires. En février 2026, une étude publiée dans la revue Science révèle un renversement de tendance. Fondée sur le suivi de 57 sites entre 2018 et 2023, elle montre que la biomasse de poissons a plus que triplé et que la diversité des espèces progresse d’environ 13 %. Mais cette renaissance doit être interprétée avec nuance.
« On a triplé la biomasse, mais l’abondance n’a pas changé. On laisse simplement les poissons grandir plus car on ne les pêche plus », explique Sébastien Brosse, professeur à l’Université de Toulouse et co-auteur de l’étude. « C’est positif, mais encore fragile ».
Les plus vieux poissons étant connus pour être les plus fertiles, la multiplication de la biomasse pourrait bien continuer. Selon le chercheur, l’effet du moratoire est « est surtout visible pour les grandes espèces ».
« Elles ont une maturité plus tardive. Les protéger permet de reconstituer les populations. Or ces grands poissons sont souvent des prédateurs clés de l’équilibre écologique », précise-t-il à La Relève et…
Auteur: Joanna Blain

