L’expérience autogestionnaire des Lip a non seulement marqué son époque, les effervescentes années 1970 où tous les espoirs révolutionnaires étaient permis, mais encore la mémoire populaire comme celle du mouvement ouvrier. En proposant de publier ici un entretien paru en octobre 1974 avec Charles Piaget, l’un des leaders de cette puissante lutte qui dura plusieurs années, et en le remettant en contexte historique et politique, Théo Roumier souligne les importants axes stratégiques que les Lip en général et Piaget en particulier avançaient: sur l’autonomie ouvrière, la forme parti, la pratique autogestionnaire, la manière de construire le socialisme et l’éthique révolutionnaire. Parce qu’ils sont encore inspirants aujourd’hui.
En 1973, l’usine Lip de Palente, à Besançon, est un fleuron de l’industrie horlogère. Elle n’en est pas moins menacée de démantèlement et d’un plan de licenciements massifs qui va rencontrer une résistance ouvrière opiniâtre. Le 12 juin, cette dernière prend un tournant décisif avec la « mise à l’abri » du stock de montres de l’usine. Le 18 juin 1973, les ouvrières et ouvriers de Lip se réunissent en assemblée générale et vont encore plus loin. La décision qui y est prise est un défi à l’ordre et à la légalité capitaliste : relancer la production de montres, les vendre, s’assurer ainsi un « salaire de survie » en s’octroyant – directement – une « paie ouvrière ». Les Lip sont les « Hors-la-loi de Palente » (1).
Par son imagination, son audace, sa détermination, leur lutte a frappé les esprits des contemporain·es. Tout l’été, elle bénéficie d’un véritable enthousiasme populaire : dans la presse, au transistor, on suit les nouvelles du combat des Lip. Le bulletin des grévistes, Lip Unité, est diffusé par des dizaines et des dizaines de « comités Lip » locaux ; les ventes de montres sont le fait d’autant de receleurs et…
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