Les récentes émeutes en Iran marquent le quatrième soulèvement majeur depuis 2017[1]. Déclenchée par des commerçants de Téhéran ayant fermé leurs magasins pour protester contre une chute brutale de la monnaie, l’effervescence s’est rapidement propagée à travers le pays, impliquant une large partie de la population — des étudiants aux propriétaires d’entreprises en passant par les pauvres des zones urbaines — qui s’est heurtée à des autorités étatiques de plus en plus répressives. Au cours des trois semaines suivantes, le chaos n’a fait qu’empirer : coupure d’Internet, bilan humain de plus en plus lourd, infiltration visible des manifestations par le Mossad, menaces de bombardements et de changement de régime en provenance de Washington.
Puis, en quelques jours, l’élan s’est essoufflé. Le gouvernement semble avoir repris le contrôle, utilisant ce qu’un analyste a décrit comme une « stratégie systématique pour encercler et épuiser le mouvement de protestation ». Pour l’instant, il semble que l’establishment clérical restera en place, car l’opposition intérieure n’est pas assez forte pour le renverser et les États-Unis ne sont pas prêts à risquer une intervention majeure.
Pourtant, la répression n’a rien fait pour résoudre les causes profondes de ce bouleversement, qui résident dans l’économie politique et la structure sociale du pays. Celles-ci ont été remodelées, ces dernières décennies, par deux forces principales : la néolibéralisation de l’État postrévolutionnaire depuis le début des années 1990, et la très forte expansion des sanctions internationales depuis 2012. Cela a reconfiguré les schémas d’accumulation en Iran, permettant à un groupe restreint d’acteurs — principalement le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI, en anglais Islamic Revolutionary Guard Corps, IRGC) et les fondations religieuses-révolutionnaires — de consolider leur…
Auteur: romain romain

