Labeaume (Ardèche), reportage
Devant l’église du centre-bourg de Labeaume, petit village des bords de l’Ardèche, un petit groupe s’affaire. « Il y a du monde ici », dit Nicolas Bianchin, en désignant les plantes qui s’épanouissent dans l’interstice des pierres calcaires. « Rien que sur cet édifice, nous avons répertorié une quinzaine d’espèces », poursuit son acolyte Simon Contant.
Les deux naturalistes animent pour l’association Réserves de nature une sortie botanique à la découverte de la végétation qui pousse malgré les sols artificialisés. Avec eux, les plantes « s’expriment », ne sont plus seulement « invasives », mais « dynamiques », « interagissent » avec le reste du vivant, les oiseaux, ainsi que les animaux domestiques, ou encore… les humains.
Des espèces courantes comme la ruine de Rome, la pariétaire de Judée et la sagine, auxquelles plus personne ne prête attention, se dévoilent au grand jour grâce aux deux passionnés. La plupart vivent grâce à une relation d’interdépendance avec les humains, comme la laitue serriole.
« Ce que l’on sait nommer, on le protège plus facilement »
Seule et fièrement dressée au milieu du béton, cette lointaine ancêtre de la laitue cultivée pousse malgré l’absence de terre, « grâce à cet amas décomposé de morceaux de bois, d’herbes, de cheveux et de crottes de chien, qui ont fini par former une zone riche en nutriments, dont elle raffole », explique Simon, tout en écrivant à la craie son nom sur les pavés, pour que les « gens la regardent ».
« Ce que l’on sait nommer, on le protège plus facilement », affirme Cassie Texier, cofondatrice de l’association, dont l’objectif est de créer des réserves de nature citoyennes. En seulement un an d’existence, la démarche, fondée sur l’apprentissage et la transmission des savoirs sur la biodiversité, a séduit une cinquantaine d’adhérents…
Auteur: Estelle Pereira

