La criminalisation indistincte des courants de l’islam politique, y compris les plus légalistes (tels les Frères musulmans), apparait aujourd’hui comme l’une des plus néfastes et des plus coûteuses contreperformances diplomatique, politique et intellectuelle de l’Occident en général, de la France en particulier. Elle vient de trouver, sous couvert scientifique, une nouvelle avocate, l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, dont Le Frérisme et ses réseaux a paru aux éditions Odile Jacob.
Dans ce court article, François Burgat & Souhail Chichah synthétisent méthodiquement les points d’accroche rhétoriques et les stratégies discursives qui permettent à un anti-islamisme obsessionnel de monter en puissance, y compris dans les milieux universitaires. Il identifie quatre dynamiques : la crainte impérialiste du développement d’un lexique politique exogène et religieux de la part de population colonisées, la rhétorique d’Israël, qui criminalise et dépolitise la résistance palestinienne, une instrumentalisation certaine de l’islamophobie européenne par certains autocrates arabes, et la surmédiatisation de quelques intellectuels arabes de gauche anti-islamistes.
La criminalisation indistincte des courants de l’islam politique, y compris les plus légalistes (tels les Frères musulmans), aussi bien dans chacune des enceintes nationales européennes, dont la France, que dans celles de ses partenaires du Proche et du Moyen-Orient, apparaîtra sans doute un jour comme l’une des plus néfastes contre-performances diplomatique, politique et intellectuelle de l’Occident en général, de la France en particulier. Elle est aujourd’hui au coeur de la dérive isolationniste de la diplomatie française, en Afrique comme en Asie, dans le tissu politique du monde musulman.
Dans la France de Gérald Darmanin, l’accusation de « proximité avec le frérisme » peut aujourd’hui conduire n’importe quelle structure associative à la « peine capitale » de dissolution. Le CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France) bien sûr mais également la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) en savent quelque chose, dont la dissolution a été prononcée sur la base d’accusations aussi fragiles que, par exemple, quelques « likes » antisionistes rebaptisés en autant d’attaques antisémites. L’islamism bashing a créé une nouvelle infraction aux principes de la République : celle de l’exercice illégal de la politique ou, plus simplement encore, de cette élémentaire …
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Auteur: dev

