Fin 2024, Spotify a lancé son offre de livres audio en France et au Benelux, après l’avoir déployée sur les marchés anglo-saxons. Les abonnés à la plateforme ont depuis accès à 200 000 titres, dont environ 15 000 en langue française, sans souscription supplémentaire. Si cette diversification permet à Spotify de mieux se différencier sur un marché du streaming musical très concurrentiel, on peut se demander ce que les éditeurs ont à y gagner.
Les principaux groupes éditoriaux français (Hachette, Éditis, Madrigall, Actes Sud…) participent à la nouvelle offre de Spotify. Ils affichent un optimisme qui contraste avec les griefs habituellement adressés au géant du streaming à propos de son modèle de revenus.
Dans la musique, Spotify propose à ses auditeurs une formule de consommation illimitée qui peine à rémunérer correctement les acteurs de la création. La rémunération s’effectue au prorata des parts de marché : un titulaire de droits est ainsi rétribué en fonction du pourcentage que représentent ses écoutes par rapport au total des écoutes générées sur la plateforme. Ce mode de répartition des revenus profite essentiellement aux artistes les plus écoutés, seuls capables de vivre de leur musique en ligne. Sur les plateformes de streaming comme Spotify, 1 % des artistes concentre 90 % des écoutes et donc de la rémunération.
Un tel modèle n’a pas été répliqué par Spotify dans le livre audio, où les éditeurs restent globalement frileux aux formules illimitées, en particulier en France. Ces dernières sont jugées peu compatibles avec leur modèle économique, qui suppose une rémunération fixe au titre. La production d’un livre audio est en effet particulièrement onéreuse en raison des différents métiers et moyens techniques mobilisés (techniciens du son, studio, comédiens, etc.).
L’amortissement de ces coûts n’est possible qu’en réalisant des ventes substantielles,…
Auteur: Louis Wiart, Chaire de communication, Université Libre de Bruxelles (ULB)

