ESSAIS
• Cultiver l’appartenance
C’est un livre précieux et intime que nous livre ici la penseuse féministe et afro-américaine bell hooks. Elle y mêle considérations écologiques et lutte contre le racisme, soin de la Terre et de tous ceux et celles qu’elle porte. Si les communautés noires ont tenu face à l’adversité, à la violence de la ségrégation, et à l’esclavage, c’est aussi, dit-elle, grâce à l’attachement qu’elles avaient avec le vivant. L’intellectuelle fait le lien entre « l’autoguérison noire et l’écologie », l’agroécologie et l’autonomie matérielle des populations issues de l’esclavage. Elle invite à une « culture de l’appartenance », c’est-à-dire un lien charnel avec le territoire auquel on appartient, une relation empathique avec les animaux, de la retenue, un rapport vigilant à la préservation, de l’égalitarisme, de la réciprocité et de la gaieté, pour que la vie humaine conserve son sens et sa dignité. G.d’A
| Cultiver l’appartenance, de bell hooks, éditions Cambourakis, octobre 2023, 320 pages, 24 euros. |
• Pour en finir avec la famille
L’autrice féministe germano-britannique Sophie Lewis le dit d’emblée : proposer d’abolir la famille n’est pas une mince affaire, tant nombre d’entre nous y sommes attachés. Elle ne nie pas notre désir collectif d’amour et d’attention, mais explique avec rigueur (et humour) comment la structure familiale ne peut y répondre. Parce qu’elle induit une privatisation du soin, parce qu’elle repose sur des concepts « propriétaires » — « de couple, de sang, de gènes » —, la famille ne peut en aucun cas nous mener à une libération collective, à l’heure où les plus vulnérables sont attaqués de toutes parts.
Cela devrait donc « être le b.a.-ba du socialisme (et non une excentricité marginale de quelques queers d’ultragauche) que de chercher à atteindre un régime de…
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