Loana Petrucciani : autopsie d’un féminicide médiatique

Il y a des morts qui agissent comme des miroirs. Celle de Loana, – si tant est qu’on puisse encore écrire son prénom sans que surgissent aussitôt les images granuleuses du Loft – nous renvoie à une vérité peu reluisante : nous avons regardé, nous avons su, et nous avons laissé faire.

On dira, à raison sans doute, que « tous coupables », comme titre Libération. Coupables d’avoir consommé une vie comme un feuilleton. Coupables d’avoir transformé une femme en personnage, puis en caricature, puis en déchet médiatique. Coupables, enfin, d’avoir continué à regarder, même quand il n’y avait plus rien à voir sinon une lente disparition.

Mais cette culpabilité générale a bon dos. Elle dilue les responsabilités, elle les dissout dans un vague « nous » confortable. Or tout le monde n’a pas la même part dans ce théâtre de la cruauté ordinaire. Il y a ceux qui regardent, et il y a ceux qui organisent le spectacle. Ceux qui commentent, et ceux qui exploitent. Ceux qui détournent le regard, et ceux qui invitent sur un plateau une femme manifestement en détresse pour en faire un moment de télévision.

Soudain, tout le monde savait. Soudain, tout le monde s’inquiétait. Soudain, tout le monde parle pour elle.

Comment ne pas penser à ces séquences où Loana, affaiblie, perdue, était exposée comme une curiosité triste ? Comment ne pas voir, dans cette mécanique bien huilée, autre chose qu’une industrie du déclassement, une fabrique de la chute ? Le voyeurisme n’est pas une abstraction : il a des visages, des noms, des responsabilités.

Mais l’hypocrisie la plus insupportable commence après la mort. Du vivant de Loana, silence ou moquerie. À sa mort, déferlement d’hommages, de compassion rétrospective, d’analyses pseudo-lucides. Soudain, tout le monde savait. Soudain, tout le monde s’inquiétait. Soudain, tout le monde parle pour elle –…

La suite est à lire sur: www.politis.fr
Auteur: Pierre Jacquemain

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