La laïcité scolaire est désormais un élément de division plus qu’un trait d’union de la gauche. Et c’est la droite qui, peu à peu, a semblé porter la fermeté laïque.
Même s’il est simpliste de la réduire à un combat droite/gauche, la question de la laïcité, et particulièrement celle de la laïcité scolaire, a longtemps constitué un ciment pour une gauche par ailleurs divisée. Unissant un grand nombre d’organisations se reconnaissant dans la gauche, le « camp laïque », au XXe siècle, s’opposait ainsi à toute aide financière à l’enseignement privé catholique.
En 1993-1994, l’opposition à la remise en cause des dispositions de la loi Falloux limitant certaines possibilités d’aides à l’enseignement privé a constitué le chant du cygne de ce combat. Les manifestations contre la remise en cause de la loi Falloux n’ont ressoudé que temporairement le « camp laïque ». Depuis l’affaire de Creil et les premiers débats sur le « foulard islamique », celui-ci, en effet, a éclaté.
Le chemin vers la loi de 2004 sur les signes religieux
En 1989, le ministre de l’Éducation nationale Lionel Jospin avait suivi l’avis du Conseil d’État pour qui le port de signes religieux à l’école « n’est pas, par lui-même, incompatible avec le principe de laïcité » (pourvu qu’il ne soit pas « ostentatoire et revendicatif », qu’il ne constitue pas un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande et qu’il ne trouble pas l’ordre public).
Son successeur François Bayrou, positionné au centre droit, publie le 20 septembre 1994 une circulaire invitant les chefs d’établissement à proposer aux conseils d’administration des lycées et collèges d’interdire « les signes si ostentatoires que leur signification est précisément de séparer certains élèves des règles de vie commune à l’école ». Entre 1994 et 2004, ce ne sont pas moins de sept…
Auteur: Yves Verneuil, Professeur des Universités en sciences de l’éducation, Université Lumière Lyon 2

