Après une première tentative censurée par le Conseil constitutionnel, le sénateur Laurent Duplomb persiste : il a déposé une nouvelle proposition de loi visant à réautoriser deux pesticides interdits en France, l’acétamipride et le flupyradifurone. Ce retour en force s’accompagne du retour d’une puissante propagande réactionnaire, déjà déployée lors de la première loi Duplomb.
Alors que les dangers de l’acétamipride sont nombreux et étayés, les intérêts de l’agro-industrie peuvent s’appuyer sur une rhétorique fallacieuse, qui s’arroge abusivement le monopole de la « raison » et prétend représenter la parole scientifique.
François Dedieu, sociologue, directeur de recherche à l’Inrae et auteur de Pesticides : Le confort de l’ignorance (Seuil, 2022), revient pour Reporterre sur les mécanismes à l’œuvre dans ce déploiement d’un discours scientiste, aux antipodes de la démarche scientifique.
Reporterre — Les défenseurs de la loi Duplomb mettent toujours en avant les incertitudes scientifiques entourant les dangers des pesticides incriminés. N’est-il pas hypocrite de demander des « preuves solides » avant d’agir, sur ce genre de sujets ?
François Dedieu — D’abord, il n’y a pas que des incertitudes. Si l’on prend l’exemple de l’acétamipride — intégré à la famille des néonicotinoides — le danger pour la biodiversité est avéré. Plusieurs études, dont la dernière expertise collective Ifremer-Inrae, l’ont montré. Et sur la santé, en effet, l’Efsa [Autorité européenne de sécurité des aliments] évoque des « incertitudes majeures » sur le risque pour le neurodéveloppement chez les enfants.
Mais c’est parce qu’on ne raisonne pas de la bonne manière. Toute la recherche de preuve est fondée sur la notion de valeur de seuil d’exposition à un produit, en dessous de laquelle il n’y aurait pas de problème de santé. La toxicologie…
Auteur: Vincent Lucchese

