Monsieur le juge,
Me voici devant vous pour répondre de l’accusation d’être le Moine de Lützerath. Mais comment répondre face à une institution policière et judiciaire qui a engagé 270 procédures contre des personnes venues manifester ce jour-là (600 depuis le début de la lutte) ? Et aucune contre des policiers qui aboutisse véritablement à des condamnations ? Ces policiers qui représentent la loi mais n’ont pas le courage d’assumer face à la justice en disant : «J’ai frappé un crâne avec ma matraque».
Comment répondre, quand l’attention que l’on portera sur qui je suis, ce que je fais dans la vie, influencera la décision. Comme si le fait que je sois banquier ou en recherche d’emploi devait avoir un impact sur la sentence. Les personnes riches, les stars ou les politiciens s’en sortent souvent mieux que les autres. Les choses n’ont presque pas changé depuis plus de 300 ans où La Fontaine disait : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… »
Dans cette affaire qui a impacté la société allemande par une mobilisation historique de près de 30.000 personnes et la propagation massive sur les réseaux de la vidéo du moine qui pousse un policier dans la boue ; il y a seulement 16 places assises pour assister à l’audience que devront se partager les médias, mes proches et mes amis, ainsi que les soutiens et personnes curieuses.
Un an après la manifestation de Lützerath et la mise en place d’une commission EK Lützerath chargée d’enquêter pour retrouver les manifestants qui ont jeté de la boue, une identité du moine est révélée dans la presse. Il serait français. Une source policière alimentera un article du journal conservateur à sensation «BILD» qui ira jusqu’à partager mon nom et prénom. C’était un article à charge, écrit avec mépris qui se terminait par «Loïc S. risquerait jusqu’à cinq ans…
Auteur: B

