Safiya signifie la chose qui est « pure » en arabe, comme dans l’image du monde qui demeure « pure » lorsque ne subsiste en elle des humains que l’ombre de leurs ombres.
Un homme marche seul sur les ruines de Gaza. On ne distingue autour de lui ni les gravats d’un hôpital, ni les corps ensevelis, ni les spectres qui y subsistent. Il n’y a plus que l’idée d’une grisaille qui rapporte la terre à la terre par l’hubris qui fait la nécessité de l’élévation et la pulsion de sa destruction. Une tache blanche perdue dans une abstraction de gravats, silencieuse des cadavres dont elle se nourrit. L’abstrait a le pouvoir de dévorer les corps anonymes qui souffrirent pour faciliter son édification, jusqu’à les dissoudre dans l’insensé d’une variation, celle d’une même couleur, d’un même drame : les vagues cendreuses portent l’ocre du monde jusqu’à la suie de sa ruine.
Une tache blanche pour une blouse blanche qui obstrue la geste des tanks. Une blouse blanche imperturbable qui replace l’œil face aux linceuls, petits et ficelés, par ces gestes ancestraux qui glorifient le soin avant le deuil, et le deuil avant la langue qui tente de désigner le monde. Les gestes pleurent la brisure de leur temps, s’oublient avant même de savoir l’épeler, malgré la destinée de leur ensevelissement.
L’histoire trahit toujours les silhouettes sans visage que la guerre jette dans ses entrailles, mais l’image, qui règne de son économie sur nos manières rigides de désigner les identités, qui demeure mue elle aussi par ce devoir d’élimer ce que du visage vaincu peut subsister dans les mémoires victorieuses, cette image-là sait parfois encore se dérober à la catastrophe qui s’y trame, lorsque survit en elle une aura triomphant de tous ces productivismes tentant de l’instrumentaliser jusqu’à sa dissipation.
L’image de cet homme n’a pas de visage, mais son aura vainc le partage marchand d’une…
Auteur: dev

