Il y a bien des ombres dans L’Ombre de Goya, et d’abord son auteur : l’affiche du film met en valeur Jean-Claude Carrière, mais le générique indique comme réalisateur José Luis López Linares (auteur de divers documentaires). Cette ambiguïté répond à celle du sujet : le film est surtout un hommage à J.-C. Carrière, mort en janvier 2021, pendant le tournage du film, qui le présente, entre autres, comme un « philosophe » ! C’est donc un film hagiographique, et triplement, puis qu’il rend hommage à deux Aragonais, Goya et Buňuel, plus, sans doute, un Aragonais d’honneur, J.-C. Carrière, qui fait le lien entre eux.
Que peut-on attendre d’une hagiographie ? Peu de chose, et c’est bien le cas ici. Si Le Figaro le qualifie de « sublime », l’appréciation la plus pertinente nous vient d’AlloCiné : « L’Ombre de Goya ne révolutionne pas le genre. Sa sortie en salles ne serait pas justifiée si les documentaires n’y drainaient désormais un public que les fictions peinent à séduire ». Critikat (sous la plume de Josué Morel et à propos d’un autre film) ajoute un commentaire judicieux : aujourd’hui, la critique « négative » (celle qui discute et problématise les films) a pratiquement disparu ; les « critiques » semblent s’être mis d’accord avec les distributeurs pour ne faire que des comptes rendus élogieux, surtout depuis l’après-Covid, où les spectateurs peinent à retrouver le chemin des salles.
C’est dans ce contexte que paraît L’Ombre de Goya. On n’y entend qu’une avalanche de lieux communs, proférés parfois d’un ton solennel, parfois intimiste. Carrière nous fait remarquer que, dans le portrait de la Duchesse d’Albe en blanc, le petit chien porte le même ruban rouge que sa maîtresse. Ou bien, la veuve de Carrière voit dans le Tres de Mayo un tableau métaphysique, sur la relation de l’Homme au temps, parce qu’on y trouve à la fois les révoltés qui viennent d’être fusillés, ceux qui sont en train d’être fusillés, et ceux qui, arrière-plan, arrivent pour être fusillés ! Un savant physicien est d’ailleurs convoqué pour appuyer ses dires…
Tous les commentaires sont aussi indigents, soit anecdotiques, soit sentimentalement subjectifs. Ainsi, Carrière vient dire adieu, au Prado, aux deux Majas, et il nous confie que sa relation amoureuse avec elles dure depuis cinquante ans. On pouvait croire ce genre de commentaire impressionniste dépassé depuis la critique « scientifique » des années 60, qui s’exerçait à partir de la…
La suite est à lire sur: www.legrandsoir.info
Auteur: Rosa LLORENS Le grand soir

