London Metal Exchange

La question des rapports entre économie et religion est vaste. Trois approches, par exemple, entre-aperçues ci-dessous sont sans doute éclairantes, bien que sous différents accents.

Le philosophe Pierre Musso parle de religion industrielle. Le journaliste Stéphane Foucart insiste plus sur les formes de l’institution religieuse du Marché, calquées sur celle de n’importe quel culte (mais plutôt le chrétien en l’occurrence). Quand l’approche de Jacques Fradin aborde les rouages fonctionnels de la religiosité profonde non pas du « fait économique », caractère trop phénoménologique, mais du despotisme économique – de l’économie comme politique théocratique.

Pierre Musso, La religion industrielle :

« Notre vision de l’industrie est inexacte : notre société est plus ’hyper-industrielle’ que ’post-industrielle’. Le paradigme est double : rencontre entre le dogme cybernétique et le dogme managérial. Nous sommes entrés dans une ère de surrationnalisme : la gouvernance des hommes par les chiffres, les nombres, les machines. Penser à partir de l’entreprise, c’est assimiler la société à une manufacture. La vision du monde la plus largement partagée combine foi et loi : les règles du croire, et des normes de comportement. La religion ne disparaît pas, elle se métamorphose. »

A propos du livre de Stéphane Foucart, Des marchés et des dieux :

« 2007-2008 : la crise des subprimes plonge le monde dans la stupeur. Personne, ou presque, ne l’a vue venir, et surtout pas les économistes mainstream. L’économie n’était-elle pas censée être une science infaillible ?

Peut-être est-ce tout le contraire. Dans l’Occident postreligieux, le discours économique semble avoir pris la place du sacré. Ce culte a pour principe divin le Marché, incarné par une multitude de Marchés dont l’appétit n’est apaisé que par la croissance. Il a pour valeur cardinale la liberté d’entreprendre, pour idéal l’équilibre et pour credo l’infinitude du monde, condition à la satisfaction des dieux. Il a ses temples, ces grandes bâtisses d’allure gréco-romaine où valsent les indices, reflets des humeurs divines changeantes. Il a ses rites de consommation ; il a son clergé, la finance, et ses archiprêtres, les grands banquiers centraux, seuls capables d’apaiser la colère divine.

Progressivement, depuis le XVIIIe siècle, l’économie a acquis l’autorité dont était investie la religion. Elle ne s’attaque plus à l’astronomie et à la biologie, comme le christianisme…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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