« L’Or des rivières » de Françoise Chandernagor : une ode à la Creuse

L’Or des rivières

de Françoise Chandernagor

Gallimard, 301 p., 21 €.

On naît « en Creuse » comme on entre « en religion ». Sans en sortir jamais. Parisienne, membre de l’académie Goncourt, fille du député André Chandernagor, qui fut président de la Cour des comptes, Françoise Chandernagor n’oublie pas d’où elle vient : de la Creuse, « pays de rivières sauvages, de collines verdoyantes et de chemins noirs, mais c’est ma terre ». Contrée pauvre, habitée par des hommes et des femmes solides et fiers.

On s’y contente de peu, on sait le prix des choses : « Ce que nous promettent les vents, c’est l’ivresse de l’acharnement et la fierté des survivants (…) Les seuls fruits qui vous seront donnés sont les fruits secs dont vous étiez écœurés, les glands, les noix, les châtaignes, et pour charmer le palais de vos enfants vous n’aurez que les mûres des ronciers. »

Les hommes maçons à la capitale

C’est sans nostalgie et avec une ardente reconnaissance que Françoise Chandernagor entraîne le lecteur au confluent des deux Creuses, ou dans les bois alentour. Ici, au XIXe siècle, les hommes sont maçons à la capitale et, après avoir sué pour bâtir l’Opéra Garnier ou les immeubles haussmanniens, reviennent à la morte-saison, car « d’ici on ne part que pour revenir ».

L’autrice, major à la sortie de l’ENA et femme de lettres, aurait pu écrire des Mémoires hautains. C’est de la lointaine enfance qu’elle écrit. On ne se départit pas de ses racines. Mieux, celles-ci vous protègent. L’exode de 1940, mais aussi le Covid ont vu les enfants de Creuse revenir au bercail. Françoise Chandernagor l’avoue : « Pour moi, une fois ma nichée à l’abri, j’ose dire, égoïstement, que ce confinement fut l’un des moments les plus heureux de ma vie. » D’autres, en des temps plus paisibles, à l’instar de Claude Monet, ont trouvé le chemin qui mène au village de Fresselines pour y…

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Auteur: Christophe Henning