Depuis plusieurs jours, des lycéens sont interpellés par milliers, gazés, frappés et grièvement blessés autour de leurs établissements. À Saint-Ouen-l’Aumône, un garçon de quatorze ans a perdu de nombreuses dents après l’usage à très courte distance d’un lance-grenades Cougar. À Tours, un lycéen de seize ans a perdu l’usage d’un œil. À Argenteuil, un autre a été grièvement blessé à l’œil. Dans plusieurs établissements de banlieue populaire, des forces nombreuses sont déployées devant des blocages parfois calmes, avec des armes intermédiaires ostensiblement visibles. Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur affirme que l’usage de la force est « très proportionnel ».
Introduction : La jeunesse lycéenne, suicidée de la société
Il faut partir de cette scène, parce qu’elle dit davantage qu’une simple aggravation du maintien de l’ordre. Elle montre ce qui se produit lorsqu’un conflit scolaire porté en grande partie par une jeunesse populaire, souvent déjà familière du contrôle policier dans les transports, les rues et les quartiers où elle vit, cesse d’être administré comme une difficulté de l’école et commence à être traité comme un problème de sécurité. Les enseignants absents, les bâtiments dégradés, l’inégalité des conditions d’étude et l’incertitude devant l’avenir ne disparaissent pas. Mais à mesure que les lycéens bloquent, se rassemblent et rendent matériellement impossible la poursuite ordinaire du fonctionnement scolaire, d’autres catégories prennent le dessus : « violences urbaines », « groupuscules », « émeutiers », « rétablissement de l’ordre républicain ».
Ce déplacement n’est pas seulement lexical. Il transforme le statut de ceux auxquels l’État fait face. Le jeune qui, quelques heures plus tôt, était encore défini comme élève devient une présence à contrôler, un regroupement à disperser, un corps…
Auteur: dev
