Les images de Paris grillagée choquent l’opinion publique. De nombreux médias regrettent ce qu’ils présentent comme un détournement de l’« ordre habituel » de la ville, détournement qu’il faudrait accepter au nom de la fête (stupéfiante inversion logique).
Mais n’est-ce pas le contraire ? Si ces images nous heurtent, n’est-ce pas justement parce qu’elles rendent visible l’« ordre habituel » de la ville sous régime capitaliste ? Elles ne le dévoient pas ; elles le manifestent de manière éclatante et ce retour du refoulé est douloureux, suscitant colère ou déni.
Ce sont les grilles séparant trottoirs, ponts, quais et chaussées qui sont les plus représentées dans les reportages. Au-delà des pertes pour les restaurateurs, une gêne émerge : comment légitimer des espaces publics séparant ainsi les personnes, théoriquement dotées de droits égaux ? Pourtant, les espaces publics fonctionnent déjà par la différenciation. Hommes et femmes n’y ont pas les mêmes possibilités. Genrés et sexistes, les espaces publics sont aussi validistes et opèrent selon des logiques de racisation ou de LGBTphobie.
Moins médiatiques, les blocs de béton du canal Saint-Martin visant à empêcher les tentes font de la zone un no man’s land militaire. Mais la ville capitaliste travaille depuis longtemps à gêner, invisibiliser ou expulser les indésirables.
Des voies réservées ont été déployées dans Paris et ses environs. Pris dans un embouteillage, l’automobiliste ne peut que constater que, juste à côté de lui, une voie est libre, mais lui est interdite. Et tandis qu’un panneau lumineux lui annonce la porte de la Chapelle à 32 minutes (pour cinq kilomètres), un autre l’avertit que rouler sans autorisation sur la voie « JO 2024 » est puni d’une contravention de 135€. Ce type d’aménagement triant les personnes dans les flux est mal accepté en France. La première autoroute urbaine payante (la…
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Auteur: dev

