Partout en France, certains territoires deviennent victimes de leur succès. Avec l’essor du télétravail, de nombreux cadres des métropoles décident de changer d’air et s’installent en campagne, pour des résidences principales ou secondaires. Les populations locales deviennent alors le dommage collatéral de cet exode urbain : face à la spéculation et l’augmentation des prix de l’immobilier, il devient de plus en plus dur pour les locaux historiques de se loger, jusqu’à devoir quitter leur territoire d’origine. Décryptage d’un phénomène de gentrification qui mériterait d’être plus encadré par les collectivités pour un mieux-vivre ensemble.
Au Pays basque français, depuis le début de l’année 2021, les actions militantes contre la hausse des prix des logements se sont multipliées. Graffitis, collages d’affiches sur agences immobilières… Les locaux se démènent pour exprimer leur mécontentement.
Concernés, certains maires – comme celui de Bidart – décident de taxer les résidences secondaires pour contrer cette inflammation des prix. Trois maisons sur dix sont des résidences secondaires à Bidart.
En cause, l’arrivée depuis les grandes métropoles comme Paris de cadres d’entreprises en quête de meilleurs environnements de télétravail. Auprès de ces cadres, les agents immobiliers de la côte estiment pouvoir surévaluer leur offre.
Puisqu’il n’y aura pas de maisonnette basque pour tous les télétravailleurs métropolitains, mais que la demande en telles maisonnettes monte, les rentiers en profitent pour étalonner les prix de la côte basque sur ceux de l’immobilier du luxe en métropoles. C’est ainsi que le prix d’une maison de 600m² donnant sur l’océan à Bidart a récemment été affiché à 18,9 millions d’euros.
« Ce qui explique le prix, c’est la rareté et l’offre et la demande, ni plus ni moins » expliquera, pour Mediabask, l’agent immobilier responsable de cette annonce.
Pourtant, la justification en termes de « lois naturelles du marché » n’est pas audible par tous ; aux oreilles des habitants, elle défend surtout l’exclusion économique des jeunes basquais au nom de l’arrivée de riches métropolitains sur leur territoire.
« Nous aussi nous voulons vivre au Pays Basque » écrit dans une lettre un collectif anonyme de jeunes Basquais, « de nos jours, une grande partie de la jeunesse du Pays Basque Nord n’a pas accès à la propriété […] elle n’a même aucune chance d’y accéder »…
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Auteur: Pierre Boccon-Gibod

