La langue anglaise se prête bien aux expressions emphatiques. Dans les médias américains, il n’est plus question de sécheresse, mais de « Megadrought » (méga sécheresse) car elle s’étale désormais sur plusieurs décennies. Ce n’est pas la première, ni la plus forte mais elle prend des airs de blockbuster estival, que personne n’a envie d’aller voir. Le pays y assiste, impuissant, en espérant chaque année que la suite sera moins mémorable.
À Phoenix, en Arizona, le capitaine Scott Douglas, des pompiers de la ville, affirme sur la radio publique NPR qu’il fait chaud « comme quand on ouvre un four, en train de faire cuire une tarte ». Avec ces vagues de chaleur extrêmes, les grandes retenues d’eau de l’ouest s’assèchent à vue d’oeil. Le lac Mead, réservoir artificiel créé dans les années 1930 sur le Colorado, à cheval sur le Nevada et l’Arizona, est à son plus bas niveau depuis près d’un siècle.
Chaque année, il baisse d’1,80 m à cause de l’évaporation. 25 millions d’habitants sont approvisionnés par son eau, selon la chaîne télévisée CNN et les populations agricoles du centre de l’Arizona sont les premières frappées lorsqu’il s’assèche. D’autres réservoirs sont aussi dans le rouge, et plusieurs villes et États ont imposé des limites pour freiner l’usage de l’eau.
Plus au nord, l’Oregon goûte aussi à un début d’été des plus arides. Phil Chang, conseiller général du comté de Deschutes, évoque sur la radio publique américaine « un effet cumulatif » car 2021 vient s’ajouter à d’autres millésimes difficiles. La dernière année a été la plus sèche pour les États du sud-ouest en 125 ans, ce qui engendre des réactions en cascade. Même si la neige est tombée sur les montagnes cet hiver, quand elle a fondu, la sécheresse du sol était trop forte et le niveau des nappes phréatiques, trop bas. L’eau s’est évaporée, explique Phil Chang.
Sur la même antenne, la journaliste spécialisée en environnement Lauren Sommer estime que les changements climatiques rendent la gestion actuelle des lacs artificiels obsolète : « Les systèmes hydriques de l’ouest ont été conçus autour de l’idée que le climat resterait constant. Avec des données sur les précipitations, les ingénieurs ont construit les lacs artificiels et les canaux, elles leur disaient aussi quel volume d’eau partager entre les villes et l’agriculture […]…
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Auteur: Reporterre

