À la mort de Céline, en 1961, le journaliste Roger Grenier a cette phrase dans France-Soir : « Il est toujours triste d’avoir honte d’un grand écrivain. » Quel juste résumé du « cas » Louis Destouches, auteur du génial Voyage au bout de la nuit et « propagandiste des théories hitlériennes », comme le montre, à travers trois épisodes nourris d’analyses d’historiens, d’images d’archives et d’extraits d’interviews filmées de Céline, ce riche documentaire adapté d’un podcast diffusé sur France Inter.
Fort heureusement, celui-ci ne pose pas la question maintes fois abordée de la possibilité de la cohabitation, en un même esprit, du talent littéraire et de la plus grande violence raciste. Le premier étant généralement admis et la seconde ne faisant aucun doute dans le cas de l’écrivain, il revient plutôt, dans un degré de détail rare conjugué à un salutaire souci de vulgarisation, sur la genèse et la propagation de sa haine des Juifs et de son engagement pour le IIIe Reich.
Fuite, prison et amnistie
Appartenance à la petite bourgeoisie anti-dreyfusarde, dégoût face à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1936, fascination pour la pureté raciale… On explore les multiples facettes de l’antisémitisme de Céline et de son engagement actif en faveur de l’ennemi, lui a qui a écrit « des dizaines de lettres gratuitement à des journaux collaborationnistes ». Fuyant dès 1944, d’abord en Allemagne – avec son épouse Lucette et son chat Bébert – puis au Danemark, l’écrivain y passera des mois en prison. Accusé de trahison en France, il bénéficiera finalement d’une douteuse amnistie lui permettant d’échapper à la confiscation de ses biens.
Qui l’a protégé ? La question reste en suspens, de même que la raison pour laquelle, à son retour à Paris, Gallimard, qui avait refusé le manuscrit du Voyage, lui propose un contrat malgré son…
Auteur: Marianne Meunier

