Quel souvenir garderons-nous de Louise Michel par-delà les bouleversements du temps ? La communarde qui défiait les troupes de Thiers en 1871 ? Celle qui dressait haut le drapeau noir de l’anarchisme sur les barricades ? Son engagement féministe ? Son soutien aux peuples colonisés ? Depuis quelques années, une relecture de son parcours et de son engagement révolutionnaire remet aussi sa sensibilité et son rapport au vivant au cœur des réflexions.
Nos lunettes pour regarder l’Histoire changent et c’est tout un pan méconnu et délaissé de son existence qui nous apparaît plus clairement, même si nous n’en ferons pas artificiellement une pionnière de l’écologie, car l’affirmer serait anachronique. Le mot même d’écologie n’existait pas lorsque Louise Michel est née en 1830. Il sera inventé trente ans plus tard, en 1866, sous la plume du biologiste allemand Ernst Haeckel à un tout autre spectre de la société, parmi les savants de la haute bourgeoisie, bien éloignés des révoltes du peuple.
« Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes »
Chez Louise Michel, on peut néanmoins retrouver nombre de positions qui pourraient inspirer aujourd’hui les combats écologistes. Leur donner, du moins, un ancrage populaire et révolutionnaire. On note chez elle, par exemple, une vision qui mêle préoccupation pour la condition animale et désir d’égalité. Une poésie qui témoigne d’une attention au vivant et d’une volonté de s’y raccrocher. Un lien au dehors qui la pousse, aussi, à parcourir libre les champs et les forêts.
« Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes, écrit-elle. On m’a souvent accusée de plus de sollicitude pour les bêtes que pour les gens : pourquoi s’attendrir sur les brutes quand les êtres…
Auteur: Gaspard d’Allens

