Lucrèce de Médicis, étoile filante

Le Portrait de mariage

de Maggie O’Farrell

Traduit de l’anglais (Irlande) par Sarah Tardy

Belfond, 416 p., 23,50 €

C’est à vrai dire une histoire presque banale, comme il y en eut des centaines dans l’histoire des familles illustres. Celle d’une adolescente mariée beaucoup trop jeune à un homme qu’elle ne connaît pas ; d’une héritière destinée à sceller une alliance politique qui la dépasse ; d’une Florentine arrachée en 1560 à sa famille et exilée à Ferrare, auprès d’une cour dont elle ignore l’étiquette, les conflits familiaux et les intrigues. Fille de Cosme Ier, Grand-duc de Toscane et d’Éléonore de Tolède, Lucrèce a grandi à l’ombre de ses frères et sœurs. « Il ne reste que si peu d’amour pour elle, qui demeurera celle à qui l’on pense en second, que l’on tolère, au mieux, et elle voudrait leur dire, Pourquoi les aimez-vous, eux, pourquoi pas moi ? »

De cette souffrance insidieuse, l’enfant a fait une force, profitant de l’indifférence des siens pour se créer un monde à elle à l’écart de leur monde à eux. Un peu flou mais vibrant de tous les possibles. Sa plus belle conquête fut de caresser le flanc d’un tigre enfermé dans les profondeurs du palais paternel, d’échanger un long regard avec le fauve, comme une offrande. Lucrèce dissimule aussi sa passion pour la peinture, traçant d’une main habile chimères ou créatures réelles, d’un pinceau poétique et précis.

Alphonse, duc de Ferrare, saura-t-il deviner, respecter, la nature frémissante de son épouse ? Épargner sa jeunesse, réconforter ses angoisses ? Maggie O’Farrell, au plus près de son héroïne, ne nous donnera jamais les clés de la personnalité de ce potentat intelligent, esthète et tyrannique, qui semble n’écouter que son bon plaisir et ne tolère aucune rébellion. On devine que, déstabilisé par la fronde de sa propre mère, Alphonse brûle avant tout d’avoir un héritier, faisant…

La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: Emmanuelle Giuliani

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