Lufthansa contre Air France-KLM : le grand duel du ciel européen pour acquérir TAP Air Portugal


L’ESSENTIEL

  • Lufthansa et Air France-KLM ont déposé, chacun, une offre d’achat de la compagnie aérienne portugaise Transportes Aéreos Portugueses, TAP.

  • Cette actualité illustre la philosophie de la concurrence au sein de l’Union européenne.

  • Les deux paramètres à regarder de près : concentration du marché et résilience du secteur aérien européen.


Le 12 mai 2026, l’entreprise allemande Lufthansa annonce vouloir porter sa participation dans ITA Airways – l’héritière d’Alitalia – de 41 % à 90 %. Quelques semaines plus tôt, Air France-KLM et Lufthansa déposaient chacun une offre pour racheter la compagnie portugaise TAP Air Portugal.

Deux compagnies nationales à vendre. Deux géants européens en compétition : Lufthansa – 135 millions de passagers et 39,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 – et Air France-KLM – plus de 100 millions de passagers pour la première fois de son histoire.

L’arbitre ? Bruxelles.

Ces événements ne sont pas des accidents. Ils confirment un modèle que j’ai observé depuis les premières lois de démonopolisation du transport aérien, en 1987 : une concurrence qui admet la concentration du marché, à condition qu’elle serve la résilience du système.

« Bonne faillite »

Alitalia a longtemps survécu grâce aux aides publiques. En 2009, Air France-KLM en détenait 25 %, avec une option de rachat qu’elle n’a jamais utilisé, préférant diluer sa participation pour la porter à 7 %. La compagnie se tournera ensuite vers Etihad, la compagnie d’Abu Dhabi. Rien n’y fit. La pandémie de Covid-19 achève le processus.

En 2021, le gouvernement italien crée ITA Airways. La nouvelle société reprend les actifs, pas les dettes. C’est une « bonne faillite » tant l’État italien solde le passif de l’ancienne compagnie pour rendre la nouvelle entreprise attractive à un investisseur privé.


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Auteur: Pascal Simon-Doutreluingne, Docteur en Droit public (droit de la concurrence) et professeur agrégé d’économie-gestion, Université de Strasbourg