Même les plus grands arbres tombent. Lulu du Morvan, notre infatigable défenseuse des forêts, est décédée dans la nuit du 9 au 10 mars, à 84 ans. Elle avait la vigueur et la détermination patiente du grand chêne auquel elle aimait s’agripper, dans la forêt qu’elle avait sauvée d’une coupe rase, sur les hauteurs d’Autun, en Saône-et-Loire. Sa mort laisse un grand vide, elle qui a marqué des générations d’amoureux des bois et de militantes et militants. Elle fait partie de ces pionnières auxquelles on se raccroche et dont les combats nous inspirent et nous orientent. Elle est l’une des premières à avoir politisé notre attention aux bois et à avoir alerté sur les dangers de l’industrialisation des forêts, à une époque où nous étions nombreuses et nombreux à détourner le regard.
Elle a longtemps prêché seule et avec pugnacité, une gouaille et un franc-parler détonnant. Rencontrer Lulu — Lucienne Haese de son vrai nom —, c’était découvrir un exemple de cette ténacité dont peuvent faire preuve les écologistes. C’était découvrir, en actes, une sensibilité à vif, prête à tout pour défendre la vie autour d’elle. Les hiérarchies sociales, les petits barons, les politiques n’avaient qu’à bien se tenir. Cette femme issue d’une classe populaire n’avait pas peur. Elle était ancrée. Elle puisait sa force dans ce vivant qui partout se défend. Avec une simplicité débordante, une soif et une joie qui ne pouvaient être que communicatives.
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Lulu, c’était l’écoféminisme incarnée, la sensibilité faite politique. Le corps toujours en action. C’était la puissance des « résistances affectives ». Elle affrontait les ministres, sans sourciller, et tous ces hommes encravatés qui l’ignoraient. Elle, l’écolo, l’amoureuse des oiseaux, qui ne savait pas que tout se vend, s’exporte ou se pèse. Elle, qui…
Auteur: Gaspard d’Allens

