L’hiver politique européen a été rude. Plusieurs piliers du Green Deal ont été fragilisés par une série de textes dits « omnibus » qui modifient en bloc des réglementations existantes. Présentées comme des mesures de « simplification », ces lois affaiblissent en réalité des garde-fous essentiels pour l’environnement, les droits humains et les travailleurs. Dernier exemple en date : le recul sur le devoir de vigilance des multinationales, adopté en décembre, qui limite la responsabilité des entreprises dans leurs chaînes de production.
Dans un Parlement européen marqué par le rapprochement entre la droite et l’extrême droite, Reporterre a réuni deux voix engagées dans la défense d’un modèle social et écologique européen : Marie Toussaint, eurodéputée écologiste et vice-présidente du groupe Greens/EFA, et Isabelle Schömann, secrétaire générale adjointe de la Confédération européenne des syndicats (ETUC).
Ensemble, elles analysent les ressorts de la déréglementation en cours, la bataille culturelle menée par l’extrême droite, et les voies possibles pour résister aux reculs actuels.
Reporterre — Comment qualifier le moment politique que traverse aujourd’hui l’Union européenne ?
Marie Toussaint — Nous sommes à un moment de bascule. L’Union européenne doit choisir : soit elle s’efface, soit elle s’affirme. Au regard de l’actualité des derniers mois, je crains que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ait choisi le chemin de l’effacement.
Des mots comme « simplification » ou « compétitivité » servent de paravent à une politique très claire, portée par une alliance — explicite ou tacite — entre la droite et l’extrême droite : une déréglementation massive, dont tout le monde sortira perdant, du climat à la santé, des droits sociaux aux conditions de travail. Tout le monde ou presque, puisque les paquets omnibus sont une…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

