Dans un livre paru il y a deux ans aux éditions La Découverte, intitulé Eurafrique, Peo Hansen et Stefan Jonsson proposent une analyse inédite des négociations qui aboutirent à la signature du traité de Rome en 1957. On savait que l’Union européenne avait été un projet capitaliste, en lien d’ailleurs avec l’impérialisme états-unien, mais les deux historiens dévoilent un pan méconnu de l’histoire de l’Union européenne : ses origines coloniales.
Introduction – Ce passé que l’Europe a oublié
Si vous consultez une carte officielle de l’Union européenne, vous serez peut‐être frappé par la multitude de petits points éparpillés à travers le globe qui signalent des territoires faisant partie intégrante de l’actuelle UE. Réunis sous l’appellation officielle de « Régions ultra‐périphériques », ils comprennent les départements français de la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion, la Martinique, Mayotte et la collectivité française d’outre‐mer de Saint‐Martin ; mais aussi les régions autonomes portugaises de Madère et des Açores, ainsi que les îles Canaries, communauté autonome espagnole. Même si elles n’apparaissent pas dans la liste des « Régions ultrapériphériques », les enclaves (ou colonies) espagnoles controversées de Ceuta et Melilla méritent d’être mentionnées, car elles font également partie de l’Union européenne. S’ajoutent à cela treize « Pays et territoires d’outre‐mer » (PTOM) non souverains, associés à l’UE du fait de leurs liens constitutionnels avec certains États membres (Danemark, France et Pays‐Bas)[1]. Bien que les PTOM ne fassent pas partie intégrante de l’UE, la plupart des habitants de ces territoires pas encore décolonisés sont tout de même des citoyens européens et peuvent, à ce titre, voter aux élections européennes par exemple.
Les territoires en question sont rarement évoqués dans la vaste littérature consacrée à…
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