Alors que la démographie étudiante reste à un haut niveau, les universités doivent faire face à des contraintes budgétaires, de plus en plus fortes, qui se répercutent sur chercheurs et étudiants.
La fin de l’année 2024 a été marquée par les premiers signes d’une mobilisation des universités. Situation inhabituelle, les présidents d’université eux-mêmes, soit individuellement soit via leur association France Universités, ont directement participé au mouvement afin d’alerter l’opinion sur leurs difficultés budgétaires. Entre la conjoncture financière défavorable de l’État, le maintien d’un haut niveau de démographie étudiante et leurs contraintes d’investissement et de recrutement, les établissements dans leur diversité traversent une période délicate.
Pour y faire face, ils se tournent vers leur ministère de tutelle qui, en dépit d’évolutions récentes vers plus d’autonomie, assure par dotation encore 80 % de leurs budgets. Cette situation n’est pas nouvelle et la crise actuelle intervient au terme d’un processus historique dont il s’agit de retracer quelques jalons.
Mobiliser l’histoire pour recontextualiser une situation présente ne se fait pas sans précautions. Le passé est un réservoir dans lequel tel ou tel acteur peut puiser pour alimenter son récit présent et lui donner, par cette régression temporelle, une force argumentative supplémentaire. Néanmoins, les failles de la mémoire collective administrative, les carences de l’historiographie sur l’enseignement supérieur font de l’histoire un éclairage précieux pour comprendre la situation contemporaine.
Un état de crise budgétaire quasi endémique
L’enseignement supérieur français est le produit de plusieurs moments et mouvements réformateurs qui, depuis 1968, ont organisé la disparition des facultés et la réorganisation des enseignants et des étudiants en de nouvelles structures pluridisciplinaires : les…
Auteur: Etienne Bordes, Post-doctorant au Centre de sociologie des organisations, Sciences Po

