On peut tout faire dire aux chiffres, surtout quand l’atmosphère politique devient irrespirable. Depuis plusieurs jours, toutes les familles politiques s’accusent mutuellement d’avoir hypothéqué les moyens de lutte contre les feux de forêt. Le gouvernement martèle qu’il a « doublé » les crédits de la sécurité civile, alors que les oppositions l’accusent d’avoir annulé des commandes cruciales de Canadair. Pendant ce temps, les collectivités locales, laissées seules, ou presque, pour financer le fonctionnement des pompiers, ne cessent d’appeler à l’aide.
Si l’on regarde sur le temps long, il est vrai que les crédits consacrés par l’État à la sécurité civile ont augmenté. Cette ligne budgétaire recouvre l’achat de matériel (camions, Canadair, hélicoptères) pour la lutte contre les incendies et le développement du système d’alerte FR-Alert.
L’énorme incendie qui a frappé la Gironde en 2022 a produit un sursaut. Après le sinistre, Emmanuel Macron avait annoncé le remplacement des douze Canadair français et l’acquisition de quatre autres d’ici à 2027.
Une prise de conscience avortée
Sauf que l’austérité est passée par là. Début 2024, le gouvernement a annoncé avoir découvert une situation budgétaire hors de contrôle. Le chèque énergie, distribué aux Français pour amortir l’augmentation des prix de l’électricité, avait contribué à mettre le budget dans le rouge, un mouvement déjà bien entamé par les baisses d’impôts décidées par Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir.
Début 2024, le gouvernement de Gabriel Attal a donc décrété une vaste cure d’austérité et retranché 10 milliards d’euros au budget de l’année en cours, dont 53 millions d’euros de crédits de la sécurité civile, annulés par décret le 21 février 2024. L’achat de deux Canadair est ainsi passé à la trappe. Voilà pourquoi la flotte est la même aujourd’hui…
Auteur: Erwan Manac’h

