Objet de récupérations venant de divers bords politiques, de déformations au sein même de la gauche et en particulier dans le Parti Communiste des années d’après-guerre, Antonio Gramsci est souvent réduit à la défense de la conquête du pouvoir par la bataille des idées. Rien de plus réducteur et de plus faux comme l’explique ici Andrea Cavazzini, qui restitue la place que Gramsci accorde aux idées dans les processus révolutionnaires. Pour ce dernier, l’un des objectifs centraux des communistes devait être de lutter contre le pouvoir des idées dominantes et de transformer les idées existantes, en particulier dans les classes exploitées et opprimées, en idées « justes », c’est-à-dire révolutionnaires.
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Des actualités « inactuelles »
On constate, aujourd’hui, une présence grandissante de Gramsci, non seulement dans la recherche savante et « engagée », mais aussi dans le discours public et médiatique, voire dans l’industrie de la culture au sens large du terme[1]. Il peut être intéressant, d’un point de vue « gramscien » précisément, de voir quelle image de Gramsci véhicule cette présence, en faisant provisoirement abstraction des analyses plus fines et articulées de sa pensée (qui existent aussi, bien entendu et heureusement, dans le cadre de cet intérêt diffus).
Par exemple, l’émission radio Le Book Club affirme, dans la bio du communiste italien, que Gramsci a « développé la théorie de l’hégémonie culturelle, dont l’idée fondamentale réside dans la conquête du pouvoir par les idées »[2]. Dans un autre média, hérodote.net, on peut lire que Gramsci « développe sa théorie de l’hégémonie culturelle, selon laquelle le combat des idées précède le combat politique »[3]. On pourra en outre rappeler que Jean-Michel Blanquer a lancé en 2021 un cercle de réflexion « anti-wokisme » en se réclamant de Gramsci et de sa « théorie des victoires culturelles à…
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