Crèmes de jour, shampoings, parfums et rouges à lèvre : même lorsque la Commission européenne a suffisamment de preuves sur la nocivité de produits de beauté et d’hygiène, les industriels bénéficient d’un an et demi pour sortir des rayons ceux dont les substances ont été classées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques. Un délai qui pourrait bientôt être considérablement rallongé, à cause du lobbying mené par les géants des cosmétiques.
Un texte à l’initiative de la Commission européenne est inscrit au vote en commission au Parlement européen le 15 avril et en assemblée plénière entre le 28 et le 30 avril. S’il est adopté, des produits dont la toxicité est avérée pourraient rester quinze mois de plus dans les magasins. Et encore, si les fabricants ne demandent pas des dérogations pour échapper à leur bannissement.
L’immense majorité des produits de beauté et d’hygiène sont concernés car ils contiennent une des dix substances suspectes actuellement en cours d’évaluation : l’industrie cosmétique française estime qu’une « obligation de reformulation massive » pourrait concerner 85 % de sa part de marché. Le Bureau européen des unions de consommateurs s’inquiète fortement de cette « augmentation des risques sanitaires évitables ».
Le gouvernement français a lui-même œuvré en faveur de cette dérégulation du secteur au détriment de la santé en soutenant un allongement des délais de transition par rapport à l’existant, a découvert Reporterre. Les eurodéputés de droite et d’extrême droite, eux, réclamaient qu’ils soient encore plus importants.
Le 27 janvier 2026, les eurodéputés français ont reçu un courriel de la part des services du Premier ministre Sébastien Lecornu, que Reporterre a pu consulter, aux airs de consignes de vote. Dans ces deux notes, la position de la France est étayée… Ou plutôt celle des porte-parole du domaine. Car les…
Auteur: Rozenn Le Saint

